Devant la bouille parfois si craquante de nos chiens, nous avons tous tendance à les bichonner un maximum afin de leur rendre la vie la plus agréable possible. Oui mais voilà , est-ce vraiment leur rendre service que de les materner de la sorte ?
Certains petits malins profitent de notre gentillesse (laxisme ?) pour exiger toujours plus d’attention, de câlins, de présence, de nourriture, de temps de promenade jusqu’à , parfois, nous rendre la vie infernale. Du statut d’animaux de compagnie, ils peuvent devenir dictateurs et se prendre pour des pachas au point de ne plus accepter la moindre contrainte.
Pourtant, comme pour nous les humains, ce n’est pas leur rendre service que de leur passer tous leurs caprices.
Alors, pourquoi voulons-nous leur éviter tout déplaisir puisque c’est contraire à leur réalité et à la nôtre ?
Parce que nous voulons qu’ils nous aiment.
Eh oui, c’est aussi simple que cela. Nous pensons que plus nous les aimons, plus nous serons gentils avec eux, et plus ils nous seront attachés et fidèles. Mais l’affection ne s’achète pas ainsi, le respect non plus. Et nos chiens ne connaissent pas la valeur des efforts que nous faisons pour eux.
Pensez-vous que votre chien sache que vous vous ruinez pour lui, que vous courrez entre votre travail et les courses pour le laisser seul le moins longtemps possible ? Pensez-vous qu’il connaisse la valeur des paniers luxueux, laisses et colliers customisés, croquettes hors de prix que vous achetez pour lui offrir ce qu’il y a de meilleur ?
Une des merveilleuses capacités de nos animaux est de s’adapter aux contraintes de leur environnement. Et pour cause, il est plutôt facile de s’adapter au confort et au luxe. Mais, selon les événements de la vie, comment vont-ils ensuite supporter de bénéficier de moins de privilèges, alors qu’ils y ont été habitués depuis toujours ? Et pourquoi vous respecteraient-ils, s’ils considèrent que tout leur est dû ?
La frustration et l’attente ont l’avantage de nous faire apprécier encore plus ce que l’on nous offre, alors ne soyez pas au service de votre chien si vous voulez qu’il savoure vos « cadeaux ». La meilleure façon de le traiter est de ne pas oublier que c’est un chien, que ses besoins ne sont pas les nôtres. Cela ne veut pas dire que votre chien doit être nourri aux restes et à l’eau de vaisselle et que votre bichon peut rester dehors par moins vingt degrés, sans jamais aucune relation chaleureuse entre vous ! Il a évidemment besoin d’un minimum de contacts, de sorties, d’une nourriture adaptée et de promenades selon ses besoins, mais pitié, n’en faites pas le chihuahua de Paris Hilton !
Babou est un bon gros Caniche qui avait pour habitude de savourer une saucisse de Strasbourg quotidiennement à 16h. Le jour où son maître a omis de la lui donner, il s’est « oublié » sur son lit ! Vous croyez qu’il s’agit d’un oubli, d’une erreur ? En fait il ne s’agit nullement d’un accident, mais d’une volonté claire et nette de la part du chien de montrer son mécontentement. Si en plus il peut en profiter pour marquer son odeur sur le lieu de couchage de son propriétaire, pourquoi s’en priverait-il ?
Suggestion : Ok pour la saucisse quotidienne, mais quand cela arrange le maître, pas quand le chien le veut ! Parfois le matin, parfois le soir, après une promenade, pour le plaisir ou en récompense d’une obéissance quelconque, le chien sera alors dans l’attente et non plus dans l’exigence ! Et ne croyez pas qu’il fera une dépression chronique si son repas n’arrive pas pile à l’heure. Il attendra, comme tout le monde.
Peps est une chienne qui aime emmener sa maîtresse en promenade. Lorsqu’elles sortent toutes les deux de la maison, c’est elle qui décide de tourner à droite si elle veut appeler aller au parc, ou à gauche pour arpenter les rues de la ville. Si par malheur Madame a envisagé de prendre la voiture pour aller un peu plus loin, Mademoiselle s’assied d’elle-même sur le siège passager, surveille la route tout en posant une patte autoritaire sur la cuisse de la conductrice. Si d’aventure, comble de contrariété pour Peps, le mari souhaite se joindre à elles, il est forcé de s’asseoir à l’arrière du véhicule.
Suggestion : et si les maîtres reprenaient en douceur la place qui est la leur en imposant fermement, mais calmement, leurs décisions ? Si Peps commence à entraîner sa maîtresse à gauche, elle se retrouvera immédiatement amenée à l’opposé. Si elle résiste ? Une petite friandise ou son jouet préféré l’incitera probablement à avancer pour l’obtenir. Idem pour la voiture : sa place sera dorénavant au choix de ses propriétaires, à l’arrière de la voiture, bien attachée pour rester conforme à la réglementation, ou dans le coffre sécurisé pour elle.
Kanay est un mâle croisé de 4 ans. Il vient d’arriver dans la famille suite au décès de son ancien maître, et veut déjà imposer sa volonté à ses nouveaux propriétaires. Il se couche sous la chaise de Monsieur à table pour l’empêcher de s’y asseoir confortablement, se sert dans les assiettes laissées sans surveillance et tente régulièrement d’entrer dans la chambre à coucher. Il a déjà menacé à plusieurs reprises lorsqu’on lui a demandé de se pousser un peu (il est toujours dans le passage).
Suggestion : attention, Kanay a des habitudes de pacha qu’il entend conserver dans sa nouvelle vie, et il va falloir que ses nouveaux maîtres imposent leur autorité sans se faire mordre pour autant. Ce dernier ne veut pas renoncer à tous ces privilèges sans rechigner, d’autant qu’il a déjà donné des signes d’agressivité.
Des petites astuces vont permettre aux propriétaires d’empêcher Kanay, l’air de rien, de prendre le pouvoir sur eux : des barrières pour bébé seront installées au seuil des portes de la cuisine, du salon et de la chambre. Les portes resteront ouvertes, et Kanay verra ses maîtres mais ne pourra pas les rejoindre à sa guise, il devra attendre l’autorisation pour cela.
Lorsqu’il se trouvera dans une des pièces à laquelle ses maîtres veulent accéder, on lui demandera gentiment de sortir, en le félicitant lorsqu’il se sera exécuté.
Laurence Bruder Sergent
Comportementaliste en Alsace
www.comportement-canin.com
Auteure du livre « La cause des chiens » et « J’éduque mon chien moi-même »